Éditorial

Le mot magique de 2018 fut celui de réforme ; réformes réalisées sur le marché du travail, sur la fiscalité et sur l’accès à l’enseignement supérieur, réformes préparées comme celles sur les allocations chômage et les retraites.

Mais 2019 nous offre un visage très différent. Il ne s’agit plus de réforme mais de transformation de la société. Les deux approches ont leur part de vérité et de réalisme. Personne ne peut imaginer de changer fondamentalement l’évolution d’un pays comme le nôtre sans le traduire en transformations significatives et personne ne peut imaginer de répondre aux angoisses d’une société sans donner une perspective large et ambitieuse. Le parfait exemple de cette dualité est la réforme des retraites, qui touche à la fois aux aspects techniques des multiples régimes mis en place aujourd’hui mais qui détermine également la nature profonde des relations intergénérationnelles à travers le niveau des prélèvements que les plus de 60 ans font sur le PIB, c’est-à-dire sur la création de richesse par les actifs. C’est bien ce qui rend les réformes des retraites si difficiles partout dans le monde. Or nous avons eu notre part puisque, faut-il le rappeler, nous en avons connu quatre depuis 1993 qui ont eu un impact majeur sur notre système. De fait, le régime par répartition – élément majeur de notre système de retraite – suppose, avant tout, un accord entre les générations.

C’est pour cette raison que ce numéro de Risques est au cœur de l’actualité, de ses difficultés et de ses espérances. Notre système de santé, de l’avis de tous, est remarquable tant sur le plan de la qualité que sur le plan de la prise en charge. Et pourtant il nous faut le faire évoluer, tout simplement parce que le montant des dépenses de santé prises en charge par la collectivité – et non pas de manière individuelle comme aux États-Unis – ne cesse de croître et donc pose un problème de financement. Ceci est d’autant plus inquiétant que nul ne sait ce que le vieillissement pourra entraîner comme nécessité supplémentaire de prise en charge collective, notamment en matière de prise en charge des maladies neurodégénératives. Là, comme ailleurs, l’incertitude est totale et il nous faut donc réfléchir au scénario le plus lourd. C’est la raison pour laquelle nous avons réalisé une interview de la ministre des Solidarités et de la Santé et consacré notre rubrique « Risques et solutions » à la régulation des dépenses de santé.

Ce qui est passionnant dans les multiples points de vue exposés, c’est la modestie du regard de chacun sur la situation actuelle, à commencer par celui de la ministre, et la diversité des solutions préconisées. C’est la marque d’un vrai débat, d’une vraie réflexion. Aujourd’hui, chacun loue l’impact positif de l'investissement dans la prévention sur la durée de vie mais l’on se doit d'être beaucoup plus circonspect sur les économies qu'il peut engendrer. En ce domaine, rien n’est sûr si ce n’est l’impact extrêmement positif qu'il aura sur l’allongement de l’espérance de vie en bonne santé. Mais nous avons essayé d'aller plus loin en donnant une vision large du thème de la santé puisque notre rubrique « Analyses et défis » est consacrée à la difficile question de la longévité. Et contrairement à ce qu'indique une vision un peu naïve sur la question, il n’y a plus de certitude d’augmentation de la durée de vie ; on constate même aux États-Unis une réduction de celle-ci.

Ainsi la santé, qui est au cœur des mécanismes de l’assurance, est étudiée sous tous ses aspects avec le souci, au-delà du partage entre prise en charge collective et privée de ses dépenses, de porter notre réflexion sur le bon équilibre entre l’accroissement des dépenses qui lui sont consacrées et les conséquences directes et indirectes que cet accroissement a sur nos vies.

Jean-Hervé Lorenzi