Éditorial

Décidément, s’il est un monde objet de mutations profondes c’est bien celui des risques et de leur gestion. Ce numéro en est l’illustration parfaite. Tout est examen, analyse, commentaire, interview de cette rupture, et au fond, cela n’a rien d’étonnant. Nous sommes dans un monde qui a perdu temporairement ses repères, ses références, sa capacité de se projeter dans l’avenir, sa confiance dans ses institutions et dans sa capacité à maîtriser son destin. Tout pousse à l’incertitude. Que ce soit l’environnement, et en premier lieu, le réchauffement climatique. Que ce soit le vieillissement des populations, et en premier lieu le développement des maladies neurodégénératives. Que ce soit le développement des marchés financiers, et en premier lieu l’impact des tensions géostratégiques. Que ce soit le multilatéralisme et les attaques dont il fait l’objet, partout et par tous. Que ce soit la croissance mondiale, si largement déterminée par la volatilité du pétrole.

C’est dire que le risque change de nature et que ses modes de gestion sont profondément remis en cause et enrichis par la technologie – le big data par exemple –, mais surtout par le rôle central qu'il joue désormais dans l’évolution de nos sociétés. Car nos sociétés ont décidé de se protéger et seules nos conceptualisations, et les techniques qu'elles permettent de créer, peuvent rassurer tant les États que les individus. Dans cette perspective, l’interview du directeur général du groupe AXA était importante pour comprendre à quel point les grands acteurs du marché de l’assurance imaginent, pensent et développent des approches novatrices. C’est particulièrement clair dans les réponses que nous apporte Thomas Buberl, et le rôle central qu’il donne aux entreprises du secteur de la santé illustre parfaitement l’apport majeur de ces grands acteurs dans ce domaine. Mais il décrit aussi des chantiers de transformation des entreprises, montrant à la fois que le sujet, pour lui, porte autant sur la définition d’une approche géographique et de produits renouvelés que sur les transformations culturelles de l'entreprise confrontée aux mutations du monde.

Les autres dossiers de ce numéro sont tout aussi forts puisqu’il s’agit, d’une part de comprendre l’impact que le changement climatique peut avoir sur la fréquence des catastrophes naturelles, et donc sur le financement qui peut lui être apporté, et d’autre part, d'appréhender le rôle que vont jouer les assurtechs dans la révolution des produits, des processus et des métiers de l'assurance.

Deux remarques s’imposent quand on lit ces dossiers si complets. C’est tout d'abord l’importance grandissante de ces deux thèmes, et ensuite le fait que, dans un cas comme dans l’autre, nous n’avons aucune certitude sur l'évolution des choses ; si ce n’est que nous devons penser de manière radicalement nouvelle face à ces véritables disruptions de nos sociétés. Une fois de plus, les bouleversements dans l’assurance sont les prémices de ceux que va connaître notre monde.

Jean-Hervé Lorenzi