Éditorial

Ce numéro de Risques est consacré au sujet qui modifiera probablement le plus, dans les années qui viennent, l’évolution de l’économie mondiale, celui du vieillissement. Précisons d’abord le terme. Le vieillissement indique que l’âge moyen de la population a tendance à augmenter de manière significative. Or, comme le disait Braudel, l’histoire du monde peut largement s’expliquer par les évolutions démographiques et évidemment par le vieillissement. Les économistes distinguent souvent le vieillissement par le haut – celui qui est lié à l’allongement de la durée de vie – de celui par le bas – qui est le produit de la baisse de la fécondité et de la mortalité infantile. En réalité ces deux phénomènes se cumulent, certes avec des intensités spécifiques selon le niveau de développement des pays, mais il n’en demeure pas moins que la société mondiale est en train de subir de manière forte ce phénomène qui ne fera que s’amplifier. On s’interroge toujours sur l’impact qu’il peut avoir sur la croissance, les réponses apparaissant souvent comme plus intuitives que rigoureuses. Sans aucun doute, le coût du vieillissement – donc l’accroissement des dépenses de retraite et de santé – a un effet de ralentissement de la croissance. On peut également penser que les jeunes générations sont à l’origine de l’innovation, des nouvelles technologies, des gains de productivité et de la croissance de l’emploi. Mais surtout le financement de l’investissement se fait à travers l’utilisation de l’épargne qui est largement entre les mains des seniors. Or l’aversion au risque ne fait que croître au fur et à mesure que les individus vieillissent. On peut donc s’interroger sur la capacité mondiale non pas d’épargner, mais de financer les investissements par nature synonymes de risques. Tout cela explique le ralentissement de l’économie mondiale que certains voient se prolonger sur une période extrêmement longue même si, à juste titre, les retraités sont également à l’origine du développement de marchés nouveaux baptisés « silver économie ». C’est ainsi que réfléchissent les macroéconomistes. Mais à Risques, nous avons voulu nous plonger dans un univers plus microéconomique, celui de l’assurance. Ainsi, nous nous interrogeons sur l’impact du vieillissement dans l’entreprise, sur la nécessité que celle-ci a de s’adapter pour prendre en compte les carrières plus longues, ce qui suppose d’apporter des solutions dans les domaines de la formation, de la santé, du transfert de connaissances entre générations.

Notre second dossier traite du patrimoine immobilier des ménages. C’est là que l’enjeu est peut-être le plus important car ce patrimoine est détenu majoritairement par les retraités. Conséquence de ceci et du vieillissement, la transmission de ces patrimoines a lieu au moment du décès, en réalité de la génération des 80 ans vers celle des 60 ans. Et ce patrimoine, de fait peu liquide, ne sert ni aux jeunes générations pour leur installation ou leur projet de création d’entreprise, ni à l’économie française puisque tous ces actifs sont largement immobilisés. Nous avons donc réfléchi à ce qui, sous une forme ou une autre, permet de rendre ce patrimoine plus liquide, plus facilement transmissible. De multiples formules ont été examinées, la plus ancienne et la plus connue étant celle du viager. N’oublions pas que ce patrimoine peut aussi servir de complément à l’assurance dépendance, lorsque telle ou telle maladie de neurodégénérescence vient frapper un individu.

On le voit, ces deux dossiers nous conduisent à penser le monde dans des perspectives largement nouvelles. Mais on retrouve ces mêmes ruptures dans l’interview de Pascal Demurger, directeur général de Maif. Il complète de manière très heureuse ces deux dossiers, dans la mesure où il nous présente une mutuelle d’assurance en pleine évolution ; et cela marque bien les bouleversements auxquels sont soumis nos métiers. De même notre débat sur l’assurance de l’économie collaborative explore des domaines jusqu’alors inconnus pour le secteur de l’assurance. Là aussi, les changements, les nouvelles perspectives, les solutions adaptées à un monde nouveau sont au cœur de ce numéro.

Jean-Hervé Lorenzi